2014 : Claire Niset / AS / Collectif La Pitanga-Montevideo en Uruguay /Exploitation sexuelle commerciale
Projet visant à développer l’information, la prévention et la formation des jeunes adolescents du quartier de Villa Garcia (Montevideo), face aux dangers de l’exploitation sexuelle commercialeLe Prix de la Fondation Bervelt a permis de réaliser certaines activités de sensibilisation auprès des jeunes mais également des familles : séance d’information, diffusion du matériel de la campagne réalisée par la Fondation Visonair.
Il s’agissait ici de soutenir et d’élargir un projet entamé depuis plusieurs années et touchant des populations précarisées.
LE COLLECTIF LA PITANGA : une histoire d’amitié, de solidarité et de « mucho cariño » (Le blog de La pitanga)
Villa Garcia – Montevideo, km 19 – parce que nous sommes dans le Montevideo rural, à 19 km du centre. Un quartier que je connais maintenant depuis près de 22 ans et où j’y vis depuis 13 ans : un quartier en mouvement, dont la population croit sans cesse et qui souffre cruellement de l’absence d’infrastructures.Un quartier dit en « zone rouge » parce que modeste ? Parce que la marginalité y est plus visible qu’ailleurs ? Parce que le taux de désoccupation est élevé ? Parce que les asentamientos * poussent comme des champignons ?Pour ceux et celles qui y vivent, Villa Garcia, c’est « LE » quartier, c’est LEUR quartier, devenu le mien aussi, et quand on le quitte, obligé et contraint, comme ce fut le cas d’un jeune de notre entourage, parti à Barcelone gonfler les rangs des travailleurs clandestins, on emporte dans ses bagages un petit morceau de la « plazita » du km 19.
Un quartier qui a aussi ses histoires, ses légendes, ses bisbrouilles : il a ceux de ce côté-ci de la grand route et ceux de l’autre côté, ceux du km 19 et ceux du 16, du 21, la rivalité est discrète et présente, mais quand il s’agit de s’indigner devant la mort d’un enfant, tué par une voiture alors qu’il ramassait son pain tombé sur la grand-route, tout le monde se serre les coudes et coupe la chaussée à grand renfort de pneus enflammés pour réclamer des « dos d’ânes ».
Election 2010, les habitants-es soutiennent la candidature de Pepe Mujica à la présidence
Villa Garcia oú se côtoient dans une difficile harmonie, petits agriculteurs et classe ouvrière vivant d’emplois précaires et instables, oú le manque de perspectives des jeunes les rendent vulnérables – alcool, drogue, petite délinquance-, où les jeunes filles à partir de 14 ans voient dans la maternité une façon d’être reconnue et d’exister , où les femmes, chefs de famille, sont légions et de tant devoir se battre pour « le pan y la leche « des enfants, elles en oublient qu’elles sont, mères, certes, mais « Personne » aussi , et elles ont donc le droit à une vie libre de violence, au respect et à s’occuper d’elles-mêmes.
Villa Garcia c’est aussi la mobilisation des habitants pour le quartier, leur engagement, les initiatives menées « a pulmón » (bénévolement) car, « loin » du centre administratif et bureaucratique de la ville, on se sent un peu les oubliés des décideurs-es politiques, tout de gauche soient-ils.- Frente Amplio depuis 2005 .On a vu ainsi de beaux exemples de solidarité lors de la crise économique de 2000 (organisation par les femmes de soupe populaire par ex). C´est ainsi que la polyclinique « 24 de junio » dont question dans ce projet a été construite par les habitants-es mêmes de l’asentamiento du même nom.
Bruxelles, DANA Asbl…. Dana, 4 lettres pour dire le dynamisme, l’engagement, la solidarité, la gratuité du geste, l’humanité et une maturité qui garde ses idéaux. C’était il y a 21 ans, lorsque débutait l’atelier massage au refuge pour femmes battues de Bruxelles, j’ai eu la chance de participer à ce projet original et innovateur de Dana Asbl : quand le massage, fait dans le respect, répare, restaure, réconcilie le corps avec l’esprit , ce corps maltraité , siège des émotions et des énergies de toute nature. Ce massage qui complète, voire facilite, le travail d’accompagnement social et psychologique. J’adorais le mercredi soir, quand Dana venait au refuge, c’était « mon » soir….
Le temps est passé, nos vies ont mûri, nos chemins se sont éloignés, je suis venue vivre en 1998 en Uruguay où j’ai continué à travailler en violence domestique. Dana s’est souvenu de moi.
C’est difficile de transmettre l’estime que j’ai pour leur démarche. Une petite phrase toute simple mais tellement généreuse, tellement pleine d’amour pour l’Autre : « Nous avons avec le temps accumulé un petit capital et nous voudrions savoir s’il y a en Uruguay un projet qui te tient à cœur et que nous pouvons appuyer. »
Je pense que Dana n’a jamais réalisé à quel point ils sont marginaux, hors norme, bizarres parce que la logique c’était de dire « Il nous reste de l’argent, dépensons-le en tables de massage dernier look, huiles exotiques, essuies encore plus grands, que sais-je » Non. Dana pense autrement, fait autrement, avec naturel, avec cœur, respect, aucune condescendance dans leur démarche. Et c’est ce « penser autrement » qui se transmet à l’autre dans la chaleur et l’énergie de la main qui masse, qui donne, qui reçoit.
Le massage de Dana c’est bien plus qu’une technique, c’est un savoir être solidaire, une attitude.
Dana accompagne donc « La Pitanga« , association de fait dans son projet « Être femme, c’est aussi être une Personne ». L’objectif général de ce projet que j’ai impulsé en 2007, est de renforcer les actions menées par la communauté, en faveur des femmes et jeunes filles en situation de vulnérabilité sociale dans le quartier de Villa Garcia.
En particulier le projet vise à contribuer, modestement mais avec conviction et dans un esprit solidaire, à la lutte contre la violence domestique, trop quotidienne dans notre quartier. Ce n’est pas facile… le machisme, la culture, la pauvreté, la banalisation de la violence, l’absence de structures sociales adéquates sont autant de freins pour ces femmes qui veulent rompre avec le cycle de la violence.
Mais notre détermination comme voisins et voisines à combattre contre la violence faite aux femmes, parce que nous la considérons comme une limitation de leurs droits en tant qu’être humain, se consolide grâce aux résultats de nos actions que nous pouvons apprécier au jour le jour.
La solidarité que nous recevons,avec gratitude et reconnaissance, nous encourage .
Ce projet me donne aussi , après 30 ans d’expérience en violence domestique, en Belgique et en Uruguay, l’occasion de mettre au service de ce quartier que j’ai fait mien, mon expérience, mon savoir faire, mon expertise et de transmettre ce savoir accumulé à des plus jeunes chez qui je retrouve cette même fougue qui fut aussi la mienne.